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Publié par Pauline Lisowski

L’expérience de la marche au contact des éléments de la Nature, dans des milieux éloignés de l’effervescence urbaine guide Jérôme Minard dans sa pratique du dessin. Il retient de ses longues randonnées, des sons qu’il enregistre notamment en montagne, pour les restituer dans ses œuvres réalisées à l’encre. Ma relation au dessin est intimement liée à la musique. Il peut s'agir de compositions atmosphériques et répétitives, de field recording, de collages sonores ou de musique improvisée. Cela me permet de créer ou appuyer une narration lors de la création d'une image, de rendre sa composition plus vivante et intuitive. » précise-t-il. Au fur et à mesure de son temps passé à dessiner des points, des trames et textures, l’artiste nous propose une méditation et un regard d’une grande sensibilité aux paysages qu’il contemple. « Je peux construire une image très lentement et l'accumulation de matières laisse souvent apparaître des formes imprévisibles, bien loin de l'image que j'avais en tête avant de la commencer. » explique Jérôme Minard.

Certains de ses dessins tirent vers une abstraction où se révèle une perspective atmosphérique. Ses œuvres suggèrent des réminiscences d’errances en forêt dans lesquelles notre corps peut éprouver diverses sensations. La matière très présente convoque un écosystème qui disparaît et qu’il est urgent de préserver.

Un mystère de la découverte se révèle au fur et à mesure du temps passé à les regarder tel un arpenteur qui tente de trouver son chemin. Ses dessins impliquent une concentration du regard pour percer des ouvertures afin de créer un itinéraire de lueurs à travers la densité de points de différentes intensités de gris.

Des détails de végétaux se perçoivent en avant plan et invitent à observer la biodiversité au ras du sol. Des ramifications, des enchevêtrements de textures troublent notre perception de la végétation. Ceux-ci renvoient à des sons entendus, à un bruissement, un craquement ou à d’autres sensations sonores. « Tout communique en permanence sur des canaux incompréhensibles voir inaudibles, ce qui donne une part de mystère à ces espaces. Mystère d'autant plus renforcé si on ajoute les nombreux mythes et contes, les découvertes et recherches scientifiques ou encore une histoire de l'art riche en représentations de paysage. Ils offrent une grande variété de perceptions et de récits de fascination, ce qui fait du paysage un support très ouvert pour évoquer des choses différentes (soi, le rapport à une forêt, dérèglement climatique, etc..) et de les faire coexister sans qu'une intention n'ait le dessus sur l'autre. » témoigne l’artiste.

Des signes produisent également un mouvement, écho à une atmosphère qui marque la mémoire d’un lieu parcouru. Les petits points, éclats de lumière expriment des présences, des phénomènes que nous gardons en mémoire. La lumière offre des percées dans les profondeurs de ses travaux sur papier et certains nous éblouissent parfois.

Que reste-t-il de nos explorations des montagnes , des forêts et autres lieux en quête de Nature ? Jérôme Minard traduit dans ses travaux l’instabilité de paysages dont la perception se transforme selon le rythme de la journée et des saisons.

Pauline Lisowski

Une exposition à découvrir jusqu'au 5 décembre à la galerie Mariska Hammoudi, Paris

Communications, 27 x 22 cm, 2020

Communications, 27 x 22 cm, 2020

Des voix lourdes et distantes, 75 x 55 cm, 2019

Des voix lourdes et distantes, 75 x 55 cm, 2019

Frontières secrètes II, 52 x 41,5 cm, 2019

Frontières secrètes II, 52 x 41,5 cm, 2019

Un chant de rayons grandit la nuit et conjure un empire de poussières, 75 x 55cm, 2019

Un chant de rayons grandit la nuit et conjure un empire de poussières, 75 x 55cm, 2019

La pièce manquante, 74 x 64 cm, 2020

La pièce manquante, 74 x 64 cm, 2020

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