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Publié par Pauline Lisowski

Habituée à investir des espaces aux architectures bien différentes et invitée à se mesurer chaque fois au lieu comme un nouveau défi, Anaïs Lelièvre bouscule les perceptions ordinaires des expositions en galerie. Fine observatrice des roches et des minéraux, elle déploie une ligne fluide qui fait écho à ses marches et à la topographie de certains territoires. Son univers est tout autant chaotique qu’organisé et découpé délicatement. On pourrait penser qu’elle prépare d’abord son installation en maquette alors qu’elle vit le lieu, l’expérimente sur place avant de disposer ses panneaux au fur et à mesure de son déplacement. Elle effectue deux voyages, le premier dans un environnement extérieur qu'elle arpente et le second dans l’espace d’exposition que son corps explore et ressent. Son œuvre n’est pas si éloignée de celles des artistes romantiques qui exprimaient la relation de l’homme au paysage. Elle restitue une expérience artistique et existentielle de l’ordre du sublime.

Pour la galerie La Ferronnerie, elle propose une installation dans laquelle elle réunit une diversité de formes qui sont issues de multiples territoires qu’elle a arpentés. Lors de sa résidence à Saint-Lô, suite à son exploration de l’histoire de la ville, elle redécouvrit la pierre de schiste – déjà rencontrée en Suisse, s'effritant d'un mur –, mais cette fois-ci sous une forme plus rigide, solide. Cette fascination pour la possibilité constructive de cette roche l’a amenée à passer du papier au PVC. L’œuvre in situ nous rend humble, nous individus qui contemplons et nous laissons attirer par la monumentalité de cette proposition artistique. Cette expérience rejoint celle de la montagne ou d’autres paysages dont l’immensité et les caractéristiques morphologiques nous dépassent.

En parallèle de cette pièce réalisée pour l’espace proche du white cube, elle présente un ensemble de petites sculptures, principalement en céramique. Celles-ci ont pour origine la découverte de pierres durant des résidences dans des contrées lointaines.

Une série de pièces en porcelaine, sur laquelle un dessin de pierre de lave est transféré, a la forme d’une silhouette de maison. La découpe quasi dentelée suggère l’intérieur et les mystères qui résident dans un habitat. Navigant de lieux en lieux pour créer, Anaïs Lelièvre propose avec ses sculptures une réflexion sur les espaces dans lesquels on réside et donne à voir la porosité de l’architecture.

Dans les œuvres de l’artiste, se révèle un aller-retour entre l’élément trouvé de petit format et l’échelle de l’espace à regarder ou à traverser. Ses installations ne sont pas toutes praticables. Certaines sont faites pour être vues et éprouvées. La virtuosité de son travail tient à la fois de sa puissance et de sa légèreté. À partir d’un fragment, elle réalise une œuvre monumentale qui reflète la relation du corps à des sites majestueux et parfois difficiles d’accès.

Ainsi, la galerie de Brigitte Négrier est redessinée et un nouvel espace entre paysage et architecture permet à la fois d’être proche et d’être retenu dans l’envie de pénétrer. Ce franchissement n’impliquerait-il pas une peur et une attirance paradoxale ? Son œuvre contient autant de stratifications que d’ouvertures. Les caractéristiques des pierres prélevées lors de résidences deviennent source de dessins et de formes qui renvoient aux environnements éprouvés. Ses sculptures et installations semblent surgir du sol et évoquent un phénomène naturel, telle l’érosion ou la glaciation. Cette exposition condense différents sites traversés et constitue une synthèse des diverses pierres rencontrées.

Pauline Lisowski

Une exposition à découvrir absolument jusqu'au 24 octobre à la galerie La Ferronnerie, Brigitte Negrier, Paris.

Stratum 7, 2020, installation modulaire et évolutive, reproduction numérique sur pvc forex du dessin 'Schiste argileux (Sion)' crédit photo : Anaïs Lelièvre

Stratum 7, 2020, installation modulaire et évolutive, reproduction numérique sur pvc forex du dessin 'Schiste argileux (Sion)' crédit photo : Anaïs Lelièvre

 Atemoia 5, 2019, modules d'acier électrozingué, reproduction numérique sur adhésif du dessin Atemoia (Juazeiro), crédit photo : Anaïs Lelièvre

Atemoia 5, 2019, modules d'acier électrozingué, reproduction numérique sur adhésif du dessin Atemoia (Juazeiro), crédit photo : Anaïs Lelièvre

Fêlure #11 (la gravure contre soi), 2019-2020, porcelaine, crédit photo : Anaïs Lelièvre

Fêlure #11 (la gravure contre soi), 2019-2020, porcelaine, crédit photo : Anaïs Lelièvre

Coquilles #11 (le trait qui ne saisit rien), 2019, porcelaine noire et blanche, crédit photo : galerie La Ferronnerie

Coquilles #11 (le trait qui ne saisit rien), 2019, porcelaine noire et blanche, crédit photo : galerie La Ferronnerie

SérieOikos-Poros, 2020, porcelaine, transfert de dessin, crédit photo : galerie La Ferronnerie

SérieOikos-Poros, 2020, porcelaine, transfert de dessin, crédit photo : galerie La Ferronnerie

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Mael Jouet 12/10/2020 21:42

Merci pour cette page, au plaisir de vous voir sur mon blog.