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Publié par Pauline Lisowski

Quoi de plus stimulant pour un jeune artiste d’avoir l’occasion de créer ou de proposer une œuvre pour un centre d’art contemporain suite à la sélection de sa candidature. Houilles est une des communes d’Ile-de-France qui par l’intermédiaire de son centre d’art permet aux artistes d’expérimenter un projet en disposant d’un budget de création. Suite à la sélection du jury, chacun a proposé une à plusieurs œuvres qui cristallisent leur recherche artistique.

L'ancienne directrice du lieu Maud Cosson (remplacé désormais par Alexandra Servel) a tissé des liens entre les œuvres et a imaginé un parcours pour stimuler l’imagination du spectateur et un possible récit. Certains artistes ont pensé leur projet pour un espace spécifique tandis qu’Alan Poulain a préféré attendre la fin de l’accrochage pour bousculer la perception de l’exposition. L’espace de cette ancienne Graineterie avec ses volumes aux différentes hauteurs et aux diverses dimensions implique une attention particulière à l’architecture de la part des artistes et de la commissaire d’exposition. Des fils conducteurs se dessinent au fur et à mesure de la découverte des œuvres, la mémoire, la relation au territoire, l’identité, l’utopie, la culture populaire ainsi que l’approche sensible de l’espace.

Les photographies de Julie Deutsch transmettent son expérience de la « Petite Jungle », un petit bois à Dunkerque. Elles dévoilent la vie secrète dans cet espace éloigné de la ville. L’installation Sans tâche d’Alan Poulain perturbe la lisibilité de l’espace de la galerie et crée des présences fantomatiques en écho au lieu auquel s’est intéressé l’artiste.

Sous la verrière, les sculptures de Louise-Margot Décombas font référence au mobilier d’extérieur et à l’urbanisme balnéaire qui deviennent vides hors saison estivale. Aux formes organiques et aux couleurs qui rappellent celles d’un aménagement standardisé, ses œuvres participent d’une mémoire de ces lieux marqués par une construction homogène et symptomatique d’une société de consommation du tourisme. L’installation de François Dufeil constituée de deux sculptures suggère une machine. L’artiste, ancien Compagnon du Devoir propose une réflexion sur les transformations potentielles d’une œuvre d’art, les échanges qu’elle peut produire avec d’autres les nouvelles manières de considérer actuellement l’artisanat. Son œuvre s’apparente à un écosystème, et peut être activée. Princia Itoua, en résidence dernièrement aux Ateliers Médicis, s’est intéressé à la ville de Montfermeil et aux visions qu’ont les habitants de leur environnement. Il a prêté attention aux manières qu’ont ces personnes venues d’horizon divers de s’approprier leur lieu de vie et de façonner un habitat pour y retrouver leurs conditions familières. Son œuvre vivante, un tronc d’arbre devenu jardinière dans lequel il a planté des graines venant de différents pays, rend hommage aux différents territoires d’où proviennent les individus avec lesquels il a échangé. Ses œuvres de grands formats composent ensemble un milieu hétérotopique en référence à des territoires éloignés ou inventés.

Marion Mounic a choisi d’investir la cave peu utilisée par les artistes. Elle y propose Barma, la reconstitution de l’atmosphère du hammam, d’après les sensations qu’elle a éprouvé lors de sa première expérience de ce lieu de relaxation et d’échanges. À partir d’éléments simples tels que l’eau, la lumière, l’humidité et la couleur rouge, elle a composé une installation où nous pouvons nous sentir à la fois à distance et au cœur d’un espace paradoxale entre intimité et sociabilité.

Au grenier, les œuvres de Sophie Blet expriment son intérêt pour les outils liés à la science, à l’astronomie et à la cosmogonie. Son installation constituée d’un compas dessine une ligne perpendiculaire dans l’espace telle qu’elle en serait une nouvelle mesure. Ses gravures présentent des variations de cet outil et mettent en lumière une certaine alchimie dans le geste de travail de la plaque de laiton. Alain Poulain a intégré une œuvre réalisée en relation avec la fenêtre à proximité. Son travail artistique s’immisce avec justesse dans les interstices et répond à l’architecture.

À découvrir également les œuvres qui unissent l’artisanat à la technologie et tendent à nous faire percevoir autrement des images de Dayoung Jeong ainsi que les univers pop de Paul Garcin et de Yoann Estevenin.

Parmi les dix artistes sélectionnés pour cette biennale, l’un se verra attribué un prix et l’opportunité d’être accueilli en résidence de création à la Graineterie. Cette exposition nous ouvre les voies vers des univers artistiques qui s’affirment et se côtoient tissant ainsi des relations et des dynamiques créatives.

Pauline Lisowski

Une exposition à découvrir absolument jusqu'au 7 novembre au centre d'art contemporain La Graineterie, Houilles

Oeuvre d'Alan Poulain, © Antoine Dumont

Oeuvre d'Alan Poulain, © Antoine Dumont

oeuvre de Sophie Blet, © Antoine Dumont

oeuvre de Sophie Blet, © Antoine Dumont

oeuvre de Princia Itoua, © Antoine Dumont

oeuvre de Princia Itoua, © Antoine Dumont

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