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Publié par Pauline Lisowski

Suite à sa résidence à l'académie Jan Van Eycke à Maastricht où elle s'est intéressée aux câbles subaquatiques qui traversent l'océan et transportent des informations, Elisa Strinna présente à Fidelidade Arte, Lisbonne, des œuvres qui habitent l'espace et créent un nouveau circuit. Elle a développé différentes manières d’appréhender la circulation de l’information et de l’énergie et a enquêté également sur le fonctionnement des réseaux invisibles et sur l’organisation du monde. L'artiste a fait de ce lieu d’exposition un milieu où ses pièces suggèrent une fluidité. Elles le transforment, apparaissant au sol, sortant des murs, dessinant un parcours, entre cavité et excroissance. Elles convoquent l'eau, le mouvement, des liens, des connectiques.

Lors de sa résidence, elle a expérimenté une technique qui l'a mené à la création de pièces, fragments qui auraient subi l'action du temps. Elle a activé différents processus chimiques comme celui de l’extension du polyuréthane. Une transformation possible émane notamment de leur apparence. On s'interroge sur leur caractère hybride, entre animal, végétal et éléments de construction. Les réseaux sous-terrain sont devenus des formes organiques.

Quelle serait leur provenance ?

Comment ces sculptures pourraient-elles rendre poreuse l'architecture ?

Comment celles-ci créeraient de nouveaux liens dans cet espace ?

Telles sont les questions qui surgissent en regardant l’ensemble de son travail et en tentant d’en saisir les origines.

Ses pièces en céramique nous invitent à contempler des anfractuosités et paraissent provenir d'un phénomène physique. Elisa Strinna nous pousse à nous interroger sur les éléments qui permettent de faire circuler les éléments. Sa série Third Nature fait allusion aux réseaux de communication. La troisième nature renverrait à une symbiose entre l’organique et l'artificiel. D’où l’apparition d’un espace en potentielle transformation. « Les sculptures deviennent ainsi un symbole de corps dans lequel artificiels et naturels se mêlent, mais non seulement, par leurs formes, émergent également les forces dont ils sont porteurs, en l’occurrence non énergétiques, mais imaginaires. Les autres formes organiques présentes dans l'exposition sont plutôt inspirées par des roches, des météorites et des organismes de toutes sortes. En les créant, j'ai examiné des paysages pouvant avoir un caractère primitif, tels que des fonds marins ou des déserts. Ces sculptures sont des reproductions, mais elles pourraient aussi être des objets trouvés ; ce sont des simulacres d’un territoire hybride qui se situe entre réalité et représentation. » témoigne l'artiste.

Sa série Hadean Stories se présente tel un environnement de formations géologiques. Le nom renvoie à Hade, un royaume de la mort dans la mythologie grecque. Elisa Strinna convoque une mémoire des temps anciens. Ses œuvres ont l’apparence de trouvailles, d’objets morcelés, à reconstituer, roches qui témoigneraient de couches d’un terrain, qui remonteraient à la surface.

L’artiste crée un lien entre ses pièces et l'architecture. Celles-ci fonctionnent comme des corps en mouvement. « Chaque pièce représente un microcosme - créé à travers la lumière, des sculptures, des images et des sons. Malgré les murs et la diversité des environnements, le son fonctionne comme un élément de connexion. Il traverse l'architecture, rappelant les relations de l'ensemble, de "l'écosystème". » explique-t-elle. Ses sculptures sont comme des greffes dans l'espace qu'elles occupent. Elles semblent naître des murs tout comme elles pourraient provoquer des liens entre ceux-ci. On suit ses formes et cherchons à recomposer un réseau. L'artiste met en lumière ce qui est habituellement caché. Pour elle « Les éléments qui interagissent avec les architectures sont à la fois des émersions et des mutations. Les câbles sont généralement logés à l'intérieur des murs ; dans ce cas, ils émergent, refont surface, révélant la nervation et les déclinaisons des infrastructures. Les "éruptions" font plutôt référence au discours, confronté auparavant, sur la coexistence entre réalité et fiction. Ici, les deux dimensions s'interpénètrent et le corps de l'architecture, à son tour, participe à la mutation en devenant quelque chose d'autre.»

La pièce sonore Blind sun, accompagne l'ensemble de son travail sculptural. Celle-ci fait écho à la formation du soleil. Elle nous plonge dans une atmosphère, qui nous convie à ressentir d’autant plus l’impression d’être sous les profondeurs.

En fin de ce réseau de pièces hybrides, le film Unproductive glory donne la clef de lecture des formes de celles-ci. Il présente la destruction de câbles par un processus de destruction par souffle d'une installation. Nous descellons l’organisation ici fragmentée de ses sculptures.

Ses œuvres semblent alors fonctionner ensemble, créant un tout, un système de connexion qui s'inscrit dans l'architecture. L'artiste révèle un paysage de ruines, des vestiges d'une construction qui se serait effondrée. Serait-ce notre modèle de connexion, de circuits qui tout d'un coup devrait être à repenser ? Chaque pièce forme un cheminement qu'on choisit de prendre, incité alors à regarder l'espace. Les œuvres émergent de l'architecture telles des irruptions qui la déstabilisent. Son exposition nous conduit à prendre conscience d'un système qui peut se transformer subitement suite à un phénomène naturel. Le travail d’Elisa Strinna condense différents potentiels de déplacement et de changement. Il incite à nous repositionner en tant qu’humain face aux éléments de la nature. Nous découvrons des connexions cachées, images du fonctionnement de notre monde.

Une exposition à découvrir jusqu'au 3 janvier 2020 à Fidelidade Arte, Lisbonne.

Pauline Lisowski

Third Nature, 2019, Stoneware, 55 x50 x 45 cm, © Photo de Bruno Lopes

Third Nature, 2019, Stoneware, 55 x50 x 45 cm, © Photo de Bruno Lopes

Hadean Stories, 2018-2019, porcelain, copper, alum crystal, water, porcelain plaster, raw clay, variable dimensions, © Photos de Bruno Lopes Thanks

Hadean Stories, 2018-2019, porcelain, copper, alum crystal, water, porcelain plaster, raw clay, variable dimensions, © Photos de Bruno Lopes Thanks

Hadean Stories, 2018-2019, porcelain, porcelain plaster, variable dimensions, © Photo de Bruno Lopes Thanks

Hadean Stories, 2018-2019, porcelain, porcelain plaster, variable dimensions, © Photo de Bruno Lopes Thanks

Third Nature, 2019, Stoneware, about 115 x 40 x 45 cm, © Photo de Bruno Lopes Thanks

Third Nature, 2019, Stoneware, about 115 x 40 x 45 cm, © Photo de Bruno Lopes Thanks

Unproductive Glory, 2019, 4k video projection with sound, 6 minutes, © Photo de Bruno Lopes

Unproductive Glory, 2019, 4k video projection with sound, 6 minutes, © Photo de Bruno Lopes

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