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Publié par Pauline Lisowski

Le site de l’abbaye de Jumièges avec son parc est un lieu de promenade à la découverte de la nature et d’une mémoire qui règne en ces lieux. Depuis 2013, le Département de Seine-Maritime a initié le rendez-vous intitulé « Jumièges, à ciel Ouvert », une exposition d'œuvres conçues à l’échelle du site, réalisées pour le parc de l’abbaye et réalisées par des artistes de renommée internationale. Jean-Marc Barroso, commissaire de cette exposition, a invité des artistes dont les œuvres proposent chacune une relation à la nature. Elles nous emmènent découvrir le parc et l’envisager comme un terrain d’expériences.

Shigeko Hirakawa a installé Belle-Dame de Jumièges, des ailes composées à l'aide de branches collectées sur place et de tissu agricole méticuleusement cousu, auprès de deux arbres centenaires du parc : un pin sylvestre et un tilleul. L’œuvre se découvre au long de notre parcours et convoque un potentiel rêve, des esprits qui se seraient posés et auraient donné naissance à cette forme organique. L’artiste, qui fut déjà conviée à Jumièges en 2013, nous interpelle avec cette installation sur la fragilité de la nature, des arbres en particulier. Son titre fait écho au papillon « Belle-Dame », espèce encore largement répandue dans le monde, à préserver. Une autre référence se lit au travers de cette œuvre : la figure d’Agnès Sorel, dite « Belle Dame de Beauté » qui fut la première maîtresse officielle du roi Charles VII et mourut au Mesnil-sous-Ju­mièges en l’an 1450.

Neuf sculptures de hautes figures de Christian Lapie s’élèvent vers le ciel. Pour l’artiste, « la verticalité de l’arbre (…) évoque l’homme debout ». Il fait naître ses figures à partir d’un bloc de bois, puis en taille directe, il leur donne un caractère et leur applique de l’huile de lin sous pression, teintée en noir. Ce traite­ment donne au bois un aspect brûlé qui révèle les stigmates de la matière. Leur hauteur nous appelle vers le haut et surplombent les ruines de l’abbaye. Ses personnages hiératiques et imposants rappellent la mémoire des personnes qui ont occupé les lieux.

Jean-Luc Bichaud crée des situations étranges à partir des histoires qu’il découvre selon les lieux qu’il investit. À Jumièges, il propose trois œuvres, tels des miracles, qui nous incitent à nous interroger sur la notion de nature et sur les manières dont on façonne le vivant. La Suée du parc : être Garoé est une installation qui s’active en réaction avec ce dont un grand hêtre pourpre centenaire a besoin : une pluie de gouttes d’eau nous surprend et nous arrête, face à ce phénomène. L’œuvre renvoie au miracle de l’arbre Garoé, cet « arbre saint » de l’île d’El Hierro (Canaries) dont les feuilles condensent le brouillard maritime. Elle conduit le promeneur à être en attente d’un événement.

L’artiste français mène des réflexions autour de la greffe et de la culture hors-sol. Il joue sur un certain humour avec l’idée d’effet de serre avec ses deux installations. Leurs titres évoquent deux phénomènes : l’un artificiel (l’effet de serre), l’autre naturel (la montée de sève). Ses œuvres nous mènent à prendre conscience des manières dont nous travaillons la nature.

Will Menter a conçu dans le sous-bois du parc Un Champ sonore du Possible, une installation qui réagit au fur et à mesure du vent. Nous sommes incités à manipuler le bois et à l’activer pour faire raisonner ce que l’œuvre a à nous dire. Elle nous invite à prendre le temps d’apprécier un moment d’écoute des phénomènes naturels. L’œuvre existe par l’utilisation que chacun en fait. Elle est un événement pour le promeneur qui observe ses gestes et prête attention à ce que lui offre en retour les pièces de bois.

L’œuvre Sanctuaire créée en 2016 par Nils Udo modifie la topographie du site. Triangulaire, cette masse parfaitement engazonnée d’où surgissent une vingtaine d’arbris­seaux, émerge avec force en transformant l’espace de la prairie du parc de Jumièges. L’œuvre, qu’il considère comme une « situation » est indissociable de l’environnement dans laquelle elle se trouve. Promontoire, elle invite à s’interroger sur les caractéristiques du paysage. Elle intervient ici en dialogue avec les créations des artistes à différentes étapes du parcours du parc.

Cet été, le parcours se poursuit au parc du Centre d’art contemporain de la Matmut à Saint-Pierre-de-Varengeville avec Vallée, une œuvre du même artiste. Ce lieu a une programmation régulière d’expositions et son parc offre un site remarquable pour des œuvres d’art in situ.

Chaque œuvre s’inscrit dans une relation de respect au lieu, à son patrimoine, à la nature, au parc qui nous dévoile son histoire si on prend soin d’en apprécier les mystères et d’ouvrir l’œil, d’être patient, curieux et alors à s’interroger sur les usages qu’on fait des éléments naturels.

Ainsi, cette exposition nous invite à prendre le temps de s’arrêter, d’écouter les sons de la nature, d’apprécier les sensations qui s’offrent au fil du parcours, en regardant aussi bien de près que de loin. Du parc s’aperçoit l’abbaye dans toute sa splendeur. Des liens, des correspondances naissent entre le temps de la nature et la mémoire d’un passé de cette bâtisse.

Pauline Lisowski

Jumièges, à ciel ouvert, des oeuvres à découvrir jusqu'au 31 octobre

 

Un Champ sonore du Possible, 2019. Charpente en chêne massif, 117 lames de xylophone en bois de chêne, 78 maillets en chêne, 78 plaques légères pour capter le vent, câble en inox Ensemble fabriqué par l’artiste. Parc de l’Abbaye de Jumièges, sous-bois Jumièges. À Ciel ouvert, 2019,  crédit photo : abbaye de Jumièges

Un Champ sonore du Possible, 2019. Charpente en chêne massif, 117 lames de xylophone en bois de chêne, 78 maillets en chêne, 78 plaques légères pour capter le vent, câble en inox Ensemble fabriqué par l’artiste. Parc de l’Abbaye de Jumièges, sous-bois Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

Belle-Dame de Jumièges, 2019. Pin sylvestre et sycomore, branches d’arbre, tissu agricole, fixation métallique. Dimension d’ailes de 3 m à 10 m de longueur. Parc de l’Abbaye de Jumièges, entre les ruines et les communs Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

Belle-Dame de Jumièges, 2019. Pin sylvestre et sycomore, branches d’arbre, tissu agricole, fixation métallique. Dimension d’ailes de 3 m à 10 m de longueur. Parc de l’Abbaye de Jumièges, entre les ruines et les communs Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

La Magie des Rêves, 2017 9 figures, H. 6,20 m x L. 4,50 m x Pr. 2,50 m Chêne traité, huile de lin sous vide « Prolin » Parc de l’abbaye de Jumièges, prairie entre Logis abbatial et Notre-Dame. Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

La Magie des Rêves, 2017 9 figures, H. 6,20 m x L. 4,50 m x Pr. 2,50 m Chêne traité, huile de lin sous vide « Prolin » Parc de l’abbaye de Jumièges, prairie entre Logis abbatial et Notre-Dame. Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

La Suée du parc : être Garoé, 2019. Hêtre rouge bicentenaire système de brumisation sur structure tube aluminium, programmateur, adduction d’eau, cercle de seaux de plastique noir, sièges du parc. Parc de l’Abbaye, au Nord, à l’orée de la prairie, entre Logis abbatial et Notre-Dame. Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

La Suée du parc : être Garoé, 2019. Hêtre rouge bicentenaire système de brumisation sur structure tube aluminium, programmateur, adduction d’eau, cercle de seaux de plastique noir, sièges du parc. Parc de l’Abbaye, au Nord, à l’orée de la prairie, entre Logis abbatial et Notre-Dame. Jumièges. À Ciel ouvert, 2019, crédit photo : abbaye de Jumièges

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