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Publié par Pauline Lisowski

A l’heure où l’expression ère anthropocène est au cœur de l’actualité et souvent employée dans le cadre d’expositions d’art contemporain, « Transnatura » proposée à la galerie 22m48² nous invite à repenser les frontières entre le monde naturel et celui de l’industrie. Comment l’artifice et le vivant peuvent cohabiter ensemble ? De quelle manière repenser les liens entre intérieur et extérieur, élément naturel et monde de la machine ? Ce que Simondon pressentait dans son livre publié en 1969, est devenu réalité : plus l’objet technique évolue, plus il se rapproche d’un système naturel[1] précise le commissaire et galeriste Rosario Caltabiano.

Technique et croissance naturelle s’unissent au travers des œuvres de trois artistes. Chacun pose un regard neuf sur les enjeux d’un monde en transition où matières industrielles pourraient se greffer aux éléments naturels.

Estrid Lutz utilise des matériaux high-techs, des structures à la fois résistantes et légères pour créer des surfaces de diverses matières où se révèlent des figures organiques, des microcosmes, un univers marin ou terrestre, en mouvement. En se déplaçant, nous percevons autrement les œuvres de la série Fade Away qui prennent vie avec la lumière naturelle. Telles des peaux de bêtes, elles dévoilent un monde mystérieux. L’artiste détourne l’usage habituel de matériaux industriels pour nous inciter à voir à travers.

Julie Villard et Simon Brossard présentent des sculptures de leur série MENU : des formes qui s’apparentent à des plantes carnivores gigantesques. Leurs pièces paraissent tout autant fanées que puissantes et assoiffées. Espèces qui se nourrissent d’autres, ici leurs sculptures ressemblent à des organismes monochromes, mous et rigides, contenus et en attente d’autres à ingérer. En utilisant la résine, le métal et le tissu, ce duo d’artistes donne naissance à d’étranges fleurs, des créations teintées d’un certain humour dérangeant.

Pour Krištof Kintera, nous sommes entrés dans l’âge du cuivre et ce matériau véhicule de l’énergie pour le développement de nouvelles plantes. Les déchets deviennent potentielles racines pour des êtres hybrides. D’ailleurs, les titres de ses sculptures se réfèrent aux sciences de la botanique et aux minéraux. L’artiste redonne une valeur et un usage à des rebuts qu’on a tendance à disqualifier. Il nous invite à les voir comme terreau, aliment pour des végétaux, témoins de nos modes de vie à l’ère de l’internet, des circuits électroniques et de l’avancée des technologies.

Ainsi, cette exposition propose de repenser les flux, les énergies qui peuvent circuler entre les éléments de l’ordre de la machine et les organismes vivants. Si notre monde change, pourquoi ne pas imaginer l’union des éléments opposés ? Les œuvres ici exposées relèvent cette possibilité de reliance entre développement naturel et technologie.

Pauline Lisowski

Une exposition à découvrir absolument jusqu'au 27 juillet à la galerie 22m48², Paris.

 

[1]                     Gilbert Simondon, Du mode d’existence des objets techniques [1958], new edition, Paris, Aubier (« Philosophie »), 2012.

Vue de l'exposition TRANSNATURA, Courtesy Galerie 22,48m²

Vue de l'exposition TRANSNATURA, Courtesy Galerie 22,48m²

Vue de l'exposition TRANSNATURA, Courtesy Galerie 22,48m²

Vue de l'exposition TRANSNATURA, Courtesy Galerie 22,48m²

Vue de l'exposition TRANSNATURA, Courtesy Galerie 22,48m²

Vue de l'exposition TRANSNATURA, Courtesy Galerie 22,48m²

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