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Publié par Pauline Lisowski

Dans le fort Monte Ricco à Pieve di Cadore (Vénétie, Italie), Gianluca D’inca Levis, accompagné des deux commissaires Riccardo Caldura et Petra Cason, propose une nouvelle exposition estivale. Celle-ci est centrée sur l’exercice d’une réflexion, sur nos capacités à développer diverses façons d’approcher la montagne comme sujet d’étude théorique et artistique. Elle a pour point de départ l’action de gravir la montagne et la volonté de se créer des outils, à la fois pour faire avancer sa création physique et ses manières de penser. Si la chaine des Dolomites, en Italie, constitue un patrimoine mondial, un enjeu touristique, le projet de Dolomiti Contemporanee (laboratoire de création artistique en relation avec l’environnement) consiste à envisager de nouvelles manières de les voir et de les considérer comme un territoire défini par les personnes qui l’habitent, les façonnent et le partagent.

Depuis un an, ce fort a été ouvert comme nouvel espace d’exposition en relation avec le paysage. Cet été, près d’une vingtaine d’artistes furent invités à prendre la mesure de ce lieu de mémoire, d’y parcourir les alentours, y compris la batterie attenante. Durant leur découverte du site et de ses environs, certains ont glané, tels des archéologues des objets, des matériaux ou se sont inspirés de cette architecture militaire pour créer leurs œuvres. Gianluca D’inca Levis va cette année encore plus loin dans les liens qu’il tisse avec les habitants de la ville de Pieve di Cadore, patrie de Titien, peintre italien du XVIe siècle et d’autres personnes témoins de l’histoire de la région.

Les artistes ont conçu des œuvres spécifiquement pour cette exposition, en résidence, pour la plupart non loin de là à Borca di Cadore, dans un nouvel espace de projets artistiques dans une ancienne colonie de vacances construite pour les enfants des employés de la société ENI, reconvertie. Leurs créations, de différents médiums, installations, vidéo, peintures, sculptures, présentent une relation subtile avec l’architecture du fort. Certaines sont d’ailleurs situées dans des espaces cachés incitant le visiteur à découvrir ce patrimoine restauré, tel que la Sainte Barbe (lieu de dépôt des munitions), où se trouve une vidéo de Caterina Erica Shanta. Cette artiste a interviewé des habitants, anciens déportés de la seconde Guerre Mondiale. Des œuvres font écho à la morphologie du paysage des Dolomites. Celle d’Ilaria Cuccagna, des colonnes, constituées de carbonate de calcium, carbonate de magnésium, sable de moulin-Rivalgo, argile, sel de mer, gypse, qui finalement, sont restées à terre, suite à une chute, suggèrent le phénomène d’érosion. Penzo+Fiore propose une œuvre qui se fond presque dans l’architecture du fort. Celle-ci interroge les thèmes de l’escalade végétale, escalade animale et de l’escalade humaine. Enej Gala a conçu une installation spécifique, en trois parties, modifiant l’espace comme si un phénomène allait le transformer, le fragiliser ou le renforcer. Un boulier est composé de multiples objets trouvés, façonnés et peints dans la batterie Castello à proximité du fort. D’autres structures semblent sortir des murs tandis qu’une autre s’enfonce dans une citerne d’eau.

Des créations rendent aussi hommage à l’œuvre du peintre Titien tout en donnant une vision contemporaine. Celles-ci inaugurent Tiziano Contemporaneo, nouveau projet et partenariat mené entre Dolomiti Contemporanee et La Fondazione Centro Studi Tiziano e Cadore. Fabiano De Martin Topranin a sculpté le visage du peintre endormi et rêveur, dans un cèdre de l’Himalaya. Des peintures de Barbara De Vivi, Marta Spagnoli et Francesco Zanatta entre autres, proposent des réinterprétations de l’œuvre de ce grand artiste bien connu de la région. T-yong Chung (Deuk Yong Chung), lui a réalisé une installation à partir de voiles, qui joue avec la lumière naturelle.

Le parcours se termine à l’extérieur du fort où deux artistes ont conçu des œuvres cachées dans des recoins, incitant le visiteur à renforcer sa curiosité. Cristina Treppo, telle une enquêteuse, chercheuse, a reconstitué des récipients en plomb, qui suggèrent des pièces trouvées suite à une fouille archéologique. Evelyn Leveghi a installé dans une niche de la vaisselle pour un possible dîner en perspective. Elle fait écho à l’avenir, qui se dessine, du fort et de la batterie attenante.

Ainsi, cette exposition met en lumière des interactions possibles entre ce fort et son environnement. Elle révèle à la fois son histoire et amène à envisager son futur. Au-delà, celle-ci convie à explorer les espaces en transition, les ruines, patrimoines d’un territoire, de façon subtile. Elle soulève la nécessité de respecter le paysage et d’écouter ce qu’il a à nous dire.

Une exposition à découvrir absolument jusqu’au 30 octobre.

Enej Gala Abaco, 2018, Photo de Giacomo De donà

Enej Gala Abaco, 2018, Photo de Giacomo De donà

Ilaria Cuccagna Eco. dalla serie: Antologia di paesaggi del passato, legge di sovrapposizione, 2018, Photo de Giacomo de Donà

Ilaria Cuccagna Eco. dalla serie: Antologia di paesaggi del passato, legge di sovrapposizione, 2018, Photo de Giacomo de Donà

T-yong Chung (Deuk Yong Chung) Contatto (Pieve di Cadore), 2018, Photo de Giacomo de Donà

T-yong Chung (Deuk Yong Chung) Contatto (Pieve di Cadore), 2018, Photo de Giacomo de Donà

Cristina Treppo, Fusione (dispersione a salire), 2018, Photo de Giacomo de Donà

Cristina Treppo, Fusione (dispersione a salire), 2018, Photo de Giacomo de Donà

Fabiano De Martin Topranin Il sogno di Tiziano, 2018, Photo de Giacomo de Donà

Fabiano De Martin Topranin Il sogno di Tiziano, 2018, Photo de Giacomo de Donà

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