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Publié par Pauline Lisowski

Sara Favriau a développé un intérêt pour les matériaux bruts. De la maquette à la sculpture jusqu'au format monumental de l'installation, chacune de ses pièces incarne une relation à l'architecture et à la construction en général. Elle travaille de façon expérimentale, cherchant, au fur et à mesure, à transformer la matière. Elle teste les potentialités des matériaux et les révèle. L'aléatoire, la faille, les accidents, ces instants où tout peut basculer l'intéressent. Elle s'en sert pour construire progressivement une forme.

Cette curiosité envers le matériau n'en est pas moins, pour cette artiste, une méthode pour faire naître de nouvelles réflexions et offrir de multiples expériences au spectateur.

De même qu'elle tend en permanence à s'approprier et à détourner les techniques traditionnelles de la sculpture, Sara Favriau, à partir de son matériau, remonte le temps et révèle ses différents états.

Au Palais de Tokyo en 2015, la redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière se présentait à la fois comme une sculpture monumentale, à la fois espace autonome et contenant. Invitée à occuper la galerie Wilson, l'artiste s'était emparée de l'espace : Des cabanes faites de tasseaux de bois taillés, sculptés et assemblés
 accueillaient chacune des œuvres d'artistes. Des passerelles les reliaient entre elles. Opérant un changement d'échelle, elle donne un autre sens à la cabane, construction souvent perçue comme habitat fragile et précaire. Son œuvre dessinait un espace. Elle convoquait aussi bien la fragilité et la stabilité, les relations entre l'intérieur et l'extérieur.

Si celle-ci s'apparentait à une installation, invitant le visiteur à se promener, Sara Favriau souhaitait proposer une expérience de l'ordre de la contemplation. Face à chaque cabane, réceptacle, à la fois ouvert et fermé, le spectateur était à la fois attiré et frustré de ne pas pouvoir accéder visuellement à la pièce qui s'y trouvait. Cette œuvre offrait, en somme, une infinité de possibilité de perceptions, une cabane pouvant aussi bien être perçue comme œuvre unique et comme élément constituant un tout.

Invitée au domaine de Chaumont-sur-Loire, elle a rejoué cette installation à une autre échelle. Dans la grange aux abeilles, son projet "ou, prologue pour une chimère", invite le spectateur à une attention fine aux matériaux et à l'architecture. En suspension, une œuvre constituée d'une multitude de cabanes réalisés à partir de tasseaux de bois, légères, fragiles, suggère une construction, un village, un paysage inaccessible. On a l'envie de s'approcher, de découvrir chaque petite cabane. Or, on reste à distance... Ce monde clos sur lui-même invite ainsi au rêve.

Une autre sculpture, qui se fond parmi les éléments d'architecture, nécessite l'attention aiguisée du visiteur. Une poutre de 4 mètres est comme en état de transition, entre construction et déconstruction. Sara Favriau a délicatement sculpté l'intérieur, par endroit, provoquant une faille, une tension entre la fragilité et la force de cet élément de soutien.

Ces deux œuvres se répondent et proposent deux relations avec l'espace. Elles interrogent la limite entre la sculpture et l'architecture... et mettent en lumière les qualités de matériaux bruts, leurs potentialités, ouvertures vers des récits, histoires d'un lieu.

À découvrir jusqu'au 5 novembre au Domaine de Chaumont-sur-Loire.

 

 

"ou, prologue pour une chimère", un projet de Sara Favriau pour le domaine de Chaumont-sur-Loire : entre sculpture et architecture
"ou, prologue pour une chimère", un projet de Sara Favriau pour le domaine de Chaumont-sur-Loire : entre sculpture et architecture

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SYLVIE DE BIASI 01/11/2017 23:28

J'ai beaucoup apprécié cette oeuvre à Chaumont sur Loire... Beau texte !