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Publié par Pauline Lisowski

Véronique Joumard s'attache à partir du lieu d'exposition pour y installer ses œuvres. Chaque pièce, autonome de prime abord, acquiert de nouvelles potentialités en fonction de son emplacement. Pour son exposition au Frac Normandie de Caen, elle a fait de chaque espace un environnement qui invite le spectateur à activer son regard et son attention.

La première salle d'exposition constitue un espace de promenade pour le visiteur. Du sol au plafond, des ressorts métalliques s'ajoutent aux poteaux qui marquent l'architecture. Ils réagissent, produisent une légère vibration dès que le visiteur s'en approche. Sur un grand mur bleu, des carrés aimantés apparaissent comme en mouvement. Par terre, une pile de ces mêmes plaques suggère l'idée d'une possible transformation. On aurait presque envie de jouer avec, de les déplacer pour créer d'autres arrangements dans l'espace. Sur les rebords des fenêtres, recouverts de peinture photosensible bleue, l'artiste a disposé des petits volumes géométriques en bois. Les ombres de ces éléments se modifient au fil des heures de la journée. Ils appellent également à être manipulé par le spectateur. Véronique Joumard propose ici comme une œuvre globale. En se servant des qualités architecturales du lieu, elle révèle les potentialités physiques et esthétiques de ses matériaux.

Dans le couloir de l'entrée, l'artiste a transposé son projet de vitraux pour la cathédrale de Bayeux. Sur un papier peint dont les motifs sont fondés sur les dessins des baies de la cathédrale, un verre dichroïque, attire la curiosité du spectateur. En face, le prisme de forme octogonale lui fait écho. Ces éléments peuvent susciter le plaisir des mystères propres aux phénomènes optiques.

Au 1er étage, les œuvres convient également le spectateur à s'interroger sur les propriétés des matériaux. Sur une étagère en bois, Paysage magnétique, composé de limaille de fer associées à de puissants aimants, fait penser à la fois à des formes organiques et à des micro-paysages. Au centre, son Paravent constitué de lentilles de Fresnel incite le spectateur à s'y regarder. Il y perçoit la photographie TO TELESCOPE, exposée au fond de la salle. Cette image renvoie vers les concepts chers à l'artiste, l'optique et la projection. Cette image incite aussi au voyage. Véronique Joumard convie le visiteur à prendre le temps de déambuler dans l'espace pour découvrir les œuvres qu'elle a intégré. S'il est assez attentif, il découvre La réserve, un œilleton dirigé vers la collection du Frac, une installation qui le met en position de voyeur.

En sortant, le regard aiguisé, le visiteur découvre d'autres travaux, qui s'inscrivent de façon si subtile dans l'architecture qu'il aurait pu passer à côté sans les apercevoir. Celui-ci prend ensuite plaisir à refaire le parcours de l'exposition pour y trouver toutes les pièces dissimulées dans les recoins du Frac.

Véronique Joumard s'est intéressée aux conditions de visite d'une exposition. Ses œuvres provoquent des sensations et bouleversent nos habitudes de spectateurs. Son exposition est comme un terrain d'expériences.

À découvrir absolument jusqu'au 30 décembre au Frac Basse Normandie.

To telescope, une exposition de Véronique Joumard : un parcours d'expériences sensibles
To telescope, une exposition de Véronique Joumard : un parcours d'expériences sensibles
To telescope, une exposition de Véronique Joumard : un parcours d'expériences sensibles

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