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Publié par Pauline Lisowski

À la Maréchalerie, le centre d'art contemporain de l'école nationale supérieure  d'architecture de Versailles, l'exposition « Sur des territoires fluides » réunit Didier Fiuza Faustino, Till Roeskens et Laurent Tixador, qui expérimentent chacun le déplacement, la traversée d'espaces et dont les projets sont des tentatives de redessiner les contours des territoires. Son titre poétique engage déjà l'idée de la mobilité et une façon de pratiquer l'espace autrement. Architecte de formation, Didier Fiuza Faustino développe un travail qui interroge la place du corps dans l'espace public. Till Roeskens et Laurent Tixador, eux mènent une pratique artistique qui passe par l'itinérance, le voyage et les rencontres. Au travers de leurs projets, ces trois artistes font naître des récits et des fictions. Leurs travaux incitent à songer à notre relation sensible à l'espace et à nos façons de l'habiter. Le centre d'art est divisé pour offrir à chacun un lieu de monstration et de reconstitution d'expériences.

Didier Fiuza Faustino détourne l'usage premier des barrières Vauban, les utilise comme des modules pour composer des installations qui peuvent faire l'objet de décor pour des performances. Elles acquièrent un sens nouveau, apparaissent comme des grilles ornementales. Pour cette exposition, à l'intérieur de la première salle, il compose une installation, un espace dans lequel le visiteur peut rentrer. Cette œuvre suggère à la fois de nouvelles limites et les possibilités de les détourner.

Till Roeskens pratique une forme d'exploration du territoire qui l'amène vers la production de cartes sensibles. Il part à la rencontre des habitants, les interroge et les invite à lui transmettre leur vision de leur territoire. Deux films témoignent de ses expériences. Le premier, Plan de situation : Consolat-Mirabeau rend compte de ses parcours à travers les différents quartiers de Marseille qu'il a exploré. Le second Aïdia, Palestine montre au fur et à mesure, les territoires de réfugiés d'un camp à Bethléem. On les voit dessiner une carte et raconter en même temps leur trajets quotidiens. En donnant la parole aux habitants, l'artiste utilise la cartographie comme moteur pour qu'ils retrouvent la possibilité de résister face à leur condition de vie.

Laurent Tixador privilégie le voyage, l'exploration et se met parfois dans des situations extrêmes pour créer. Pour lui, ces moments de sortie du quotidien sont nécessaires pour retrouver une certaine spontanéité dans le travail. Il trouve dans ses expériences difficiles, des moments d'évasion, où par le bricolage, il peut se sentir ailleurs. Dans une petite salle, les deux vidéos présentées nous invitent à le suivre dans ses pérégrinations dans des lieux insolites qui l'amènent à se mettre à l'épreuve. Des bouteilles dans lesquelles sont disposées des modèles réduits de ses expériences vécues témoignent également de ses performances. Ces objets renvoient à la transmission d'une part de cet ailleurs vécu.

Cette exposition invite le spectateur à réfléchir sur les potentialités de se réapproprier les espaces. Si d'habitude, au centre d'art, les artistes investissent l'espace, jouent avec son architecture, dans cette exposition, les œuvres constituent des témoignages de projets. Le spectateur doit nécessairement prendre le temps de découvrir les expériences-performances des artistes pour saisir les enjeux de cette exposition. En écho à celle-ci, la programmation de débats Manèges invite les artistes à échanger avec des architectes et des théoriciens pour explorer les relations entre art contemporain et architecture contemporaine.

Une exposition à découvrir absolument jusqu'au 11 décembre.


 

Didiuer Fiuza Faustino. Love Songs for Riots — 2013 Crédit photo : Eduardo Serafim

Didiuer Fiuza Faustino. Love Songs for Riots — 2013 Crédit photo : Eduardo Serafim

Vue de l’exposition Didier Fiuza Faustino, Till Roeskens, Laurent Tixador. Sur des territoires fluides.  Crédit photo : Eduardo Serafim

Vue de l’exposition Didier Fiuza Faustino, Till Roeskens, Laurent Tixador. Sur des territoires fluides. Crédit photo : Eduardo Serafim

Laurent Tixador. Au Naturel (2015) et Au bout de 8 jours, on va reprendre notre place (2009) Crédit photo : Eduardo Serafim

Laurent Tixador. Au Naturel (2015) et Au bout de 8 jours, on va reprendre notre place (2009) Crédit photo : Eduardo Serafim

Till Roeskens. Aïda, Palestine — 2009 Crédit photo : Eduardo Serafim

Till Roeskens. Aïda, Palestine — 2009 Crédit photo : Eduardo Serafim

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