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Publié par Pauline Lisowski

La démarche d'Alexandra Pouzet est proche de celle du sociologue. Ses projets ont pour point de départ une rencontre avec des habitants d'une ville. Elle s'en nourrit pour créer ses projets photographiques.

Durant dans ans, elle a mené une enquête artistique, « La carte du tendre », un écho à cette carte imaginaire du XVIIème siècle. Photographe avant tout, la carte est ici pour cette artiste, un outil, prétexte à une création plastique. Tout comme la photographie, elle permet d'offrir une représentation poétique du territoire. Durant deux ans, Alexandra Pouzet est allée à la rencontre d'une soixantaine d’habitants d’Angoulême, La Rochelle, Niort, Poitiers, Saint-Pierre-des-Corps et Tours pour sonder notre rapport sensible à l'espace. Dans un premier temps, lors d'un entretien elle a cherché à faire resurgir ce qui, du territoire, nous affecte. Elle a proposé à chacun de raconter comment il percevait son territoire d'origine, d'adoption et de projection. Puis, elle les a invité à dessiner un « plan simplifié », qui n'est ni véritablement une carte, ni véritablement un plan, mais plutôt une sorte de croquis, un dessin de leur territoire. Sa carte révèle des manques et rend compte de certains détails qui lui sont propres. Chaque trait témoigne en réalité des marques que chacun pose, au fur et à mesure, dans les villes où il réside. Chaque carte est ainsi le portrait d'une personne rencontrée. Ces échanges l'ont amenée à découvrir ce qu'elle nomme « les contours psychologiques de la ville ».

En parallèle de ces entretiens, Alexandra Pouzet a pris la mesure du territoire et l'a exploré pour tenter de trouver des espaces qui font écho aux récits des habitants interviewés. Elle leur a proposé de s'y faire photographier. Par cette invitation, elle prolongeait son enquête, des connexions s'établissaient entre l'habitant et le lieu choisi, soit il le connaissait, soit il le découvrait pour la première fois. Cette expérience permit de déplacer le regard sur certains espaces, souvent en périphérie. Chaque prise de vue consistait pour elle en une performance physique de l’habitant. Le corps marquait cet espace, y laissait une trace et le révélait. Par ce projet, Alexandra Pouzet montre que nous avons tous en nous nos propres repères d'un lieu. Ce n'est pas tant la définition du territoire qui l'intéresse mais bien ce que les habitants en racontent.

À la chapelle des Dames blanches à La Rochelle, au Carré Amelot, à la galerie d'art contemporain du Lycée Valin et à l'espace d'exposition du Collège Fabre d’Églantine, son exposition témoigne de ce long travail d'enquête. Le spectateur y découvre une série de portraits d'habitants, de toutes catégories sociales et photographiés dans des contextes très différents. La représentation de chaque commune parcourue est ainsi constituée de l'ensemble de portraits des individus qui la pratiquent au quotidien. L'artiste ouvre alors une réflexion sur les limites du territoire, comme espace vécu et d'imagination. Elle met également en évidence comment les lieux nous touchent. Nous gardons tous des souvenirs des villes que l'ont a habité et chaque déplacement, voyage nous marquent. Les espaces s'impriment dans notre mémoire et nous transportons en nous les lieux où nous avons vécus.

La carte du tendre, une exposition d'Alexandra Pouzet, avec le commissariat de Patrick Delat, directeur du Centre d'Art Photographique La Villa Pérochon, à découvrir à La Rochelle

 

copyright : Alexandra Pouzet
copyright : Alexandra Pouzet
copyright : Alexandra Pouzet
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