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Publié par Pauline Lisowski

La carte, outil pour se diriger, montrer ou marquer un territoire peut servir de vecteur pour interroger les limites et les déplacements des frontières. Politique, elle est aussi un moyen de refléter l'état du monde.

À la suite de l'exposition "Antipodes" (2006), le FRAC Lorraine se penche à nouveau sur la carte et invite à réfléchir sur son devenir à l'heure des outils de géolocalisation. La carte papier perdrait-elle son sens ? Les artistes présentés ici la détournent pour donner à voir d'autres territoires possibles. Ils la transforment et au travers de leurs manipulations, celle-ci devient un support pour évoquer nos enjeux de société et des situations sociales. Les cartes de Katrin Ströbel désorientent et réorientent le spectateur. Nipan Oranniwesna a pris soin de découper des plans de différentes villes, n'en conservant que les rues et les axes de circulation. Superposées, ces cartes en composent une nouvelle. Au spectateur de prendre plaisir à les reconnaître. La carte comme construction de l'esprit est aussi un espace où plonger son imagination. Yoko Ono propose une carte pour se perdre. En invitant les visiteurs à dessiner leur propre carte, l'artiste montre de quelle manière celle-ci peut-être un espace sensible dans lequel redessiner sa vision du monde.

L’œuvre in situ, Forever Immigrant [Pour toujours immigrant], réalisée en 2012 par Marco Godinho, laisse imaginer un nuage qui se déplace. Constituée d'une accumulation d'empreintes de tampons, elle symbolise les déplacements des migrants et suggère la porosité des frontières. Au 1er étage, une salle réunit des artistes qui déconstruisent la carte. Objet marqué par le temps, elle témoigne d'un itinéraire, d'un voyage ou bien tout simplement d'un passage. Sur les murs, l'Horizon de Mona Vatamanu & Florin Tudor incite le spectateur à s'approcher. Cette frise in situ est en réalité composée de fines bandes découpées dans un atlas de France. Sur une table, des sculptures et des pièces, fragments, résultats d'un processus se réfèrent à la carte, quasi disparue, devenue rebut. Street Credibility de Franck Scurti, une boîte à chaussures contient un protocole de marche et d'impression. Support de représentation, la carte retrouve aussi sa vocation de restituer des expériences d'exploration.

Les noms et les chiffres, éléments codifiés de la carte, sont aussi des vecteurs d'imagination pour les artistes. Les cartes de David Renaud, conservent des normes et spécificités reconnaissables. Vides, d'un fond bleu, elles offrent un espace où le spectateur peut imaginer un possible territoire.

La carte par définition représente symboliquement un territoire. Or, elle peut être manipulée et ne dire qu'une certaine réalité. Bernard Heidsieck modifie le centre d'un planisphère pour révéler les peuples et ethnies de la planète. Cornelia Parker, elle aussi, crée des perturbations de lecture sur une carte des États-Unis et témoigne des désastres produits sur certaines villes. Au sol, Angels Ribé a combiné une rose des vents avec un plan de Metz. Son installation incite le spectateur à faire le parallèle entre cette représentation et ce qu'il connait de la ville.

L'exposition ne manque pas également de mettre en évidence la carte comme outil politique. Philippe Rekacewicz, géographe et cartographe, dévoile les conflits et les guerres. Sa proposition renvoie à une cartographie plus réaliste, un document qu'il faut analyser, nécessitant une légende pour la comprendre.

Dans la dernière salle, en haut de la tour, l'installation au sol, de Nipan Oranniwesna incite le visiteur à plonger son regard dans un immense territoire, quasi imperceptible.

Ainsi, face à certaines œuvres, le spectateur perd ses repères et peut se prendre au jeu de cartes face auxquelles il peut laisser son esprit divaguer vers des lieux imaginaires. Chaque espace nécessite de la part de celui-ci une certaine prise de position. De même, chaque œuvre suppose qu'il prenne le temps de décrypter son sens et tout ce qu'elle cache.

Cette exposition offre ainsi un terrain pour repenser notre façon de nous représenter le monde et ses évolutions. Une programmation de rencontres l'accompagne et permet de poursuivre les multiples réflexions qu'elle engage. Ces moments inviteront les participants à explorer les différentes utilisations de la carte et ouvriront divers champs d'études, la politique, l'histoire, la sociologie, la botanique. Cet objet n'a pas fini d'être support de projets d'exposition et garde ses mystères.

"Zones sensibles", une exposition à découvrir absolument jusqu'au 23 octobre au FRAC Lorraine.

Nipan Oranniwesna,  City of Ghost,  2012 Vues de l’exposition Zones Sensibles, Frac Lorraine, juin-oct 2016 Collection 49 Nord 6 Est - Frac Lorraine, Metz Photo : Eric Chenal ©l’artiste

Nipan Oranniwesna, City of Ghost, 2012 Vues de l’exposition Zones Sensibles, Frac Lorraine, juin-oct 2016 Collection 49 Nord 6 Est - Frac Lorraine, Metz Photo : Eric Chenal ©l’artiste

Cornelia Parker,  Meteorite Lands in the Middle of Nowhere, The American Series, 2001 Vues de l’exposition Zones Sensibles, Frac Lorraine, juin-oct 2016 Collection 49 Nord 6 Est - Frac Lorraine, Metz Photo :  Benjamin Mathia ©l’artiste

Cornelia Parker, Meteorite Lands in the Middle of Nowhere, The American Series, 2001 Vues de l’exposition Zones Sensibles, Frac Lorraine, juin-oct 2016 Collection 49 Nord 6 Est - Frac Lorraine, Metz Photo : Benjamin Mathia ©l’artiste

Vue d'exposition Zones Sensibles FRAC LORRAINE ®Eric Chenal

Vue d'exposition Zones Sensibles FRAC LORRAINE ®Eric Chenal

Vue d'exposition Zones Sensibles FRAC LORRAINE ®Eric Chenal

Vue d'exposition Zones Sensibles FRAC LORRAINE ®Eric Chenal

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