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Publié par Pauline Lisowski

En résidence aux laboratoires d'Aubervilliers, Yael Davids a développé un projet construit sur la base de recherches : elle a proposé aux habitants d'Aubervilliers des séances de Feldenkrais, qui permettent de retrouver équilibre, flexibilité et coordination du corps et des ateliers de lecture autour de textes révélant les récits d’exil, d’espaces et d’identité. Ce qui lui a permis de faire surgir sa propre culture et son histoire personnelle.

Le titre "La distance entre V et W" interroge déjà le spectateur. Il revoie en effet à deux figures féminines Simone Veil (femme politique) et Simone Weil (philosophe). L'artiste joue ici sur la question de l'homonymie et sur une possible distance entre deux noms presque pareils. Au delà, elle parle de ses expériences de déplacement et évoque celles qu'elle souhaite physiquement construire dans son projet. « La distance entre V et W » résonne ainsi comme une invitation à un parcours.

Ce travail de recherches a donné naissance à une installation qui occupe tout l'espace d'exposition. Yael Davids a déployé un sol enduit d'argile teinté de pigments noirs, couvert de plaques de verre brisées. Il crée une sorte de territoire avec d’étroits passages qui obligent le visiteur à le contourner. Celui-ci est mis à distance. L’œuvre, par sa présence et sa force vis à vis du lieu, évoque l'idée de frontière et fait écho à de multiples références, artistiques et sociales. En se déplaçant le long, le visiteur peut percevoir un territoire fragile. Un corps en mouvement semble aussi s'y inviter. Une structure de verre contenant des objets intrigue. Cet espace dans l'espace fait référence à un univers domestique et fait naitre d'autres récits. Célèbre pour ses performances, l'artiste construit ici un lieu qui convoque une distance aussi bien physique qu'imaginaire.

En sortant, on peut découvrir les dessins de nature morte qu'elle a réalisé à partir d’objets achetés à Aubervilliers.

Cette exposition est aussi un prélude à d'autres interventions artistiques. Le 16 mai, comme une conclusion, Yael Davids proposera imagine un symposium en forme de conte La diaspora des objets : une recherche sur les mouvements temporels et géographiques subis par des biens domestiques ou culturels.

Avec ce projet, l'artiste réussit à nouer une relation entre une expérience physique d'un espace et l'évocation d'une histoire à la fois nationale et personnelle. Le spectateur doit creuser au plus profond de ce qu'il perçoit et ressent de l’œuvre pour comprendre toutes les dimensions de ce travail.

La distance entre V et W, exposition de Yael Davids à découvrir jusqu'au 16 mai, aux Laboratoires d'Aubervilliers.

crédit photo : Ouidade Soussi-Chiadmi

crédit photo : Ouidade Soussi-Chiadmi

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