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Publié par Pauline Lisowski

Marco Godinho s'intéresse à la perception de l'espace et du temps et confronte ainsi un travail conceptuel à une expérience sensible. Le Centre d'art de Dudelange (Luxembourg) lui offre un espace, telle une carte blanche pour construire un parcours pour le spectateur. Dans l'ensemble de l'exposition, chaque œuvre pose la question d'un abîme aussi bien spatial que temporel.

L'artiste s'approprie des objets, qu'il modifie pour faire naitre un possible territoire, un récit ouvert à l'imagination du spectateur. Si l'espace et le temps sont toujours reliés dans sa démarche plastique, il met en évidence les écarts possibles entre les outils de mesure et notre corps comme sujet d'expériences sensibles de l'espace. À partir d'une relation intime aux objets, il met à l'épreuve sa mémoire : il a poncé un mètre pliant, effaçant les unités de mesure réglementaires, il a redessiné une nouvelle annotation, une mesure intime qui nous livre des failles, en contraste avec celle du système international.

L'horizon apparait comme paradigme d'une réflexion sur ce qui disparait. Dans une des salles, il a recréé une ligne d'horizon à partir d'un assemblage de petits bouts de ficelle, récupérés, tel un témoignage de marches effectuées durant 3 mois à Paris. Au sol, une installation joue également sur le principe d'une recomposition : un ouvrage est réactivé. Le spectateur, dans sa promenade découvre alors des écrits, des mots, des livres, qui font naitre un espace temps suspendu. À partir d'un jeu de hasard maitrisé, les mots et le langage engendrent de nouvelles trouvailles, une nouvelle forme, un territoire. Dans la série The Last Sentence of the Book #1-8,2011-(...), le dessin de la dernière phrase d'un livre, dans le format même de l'ouvrage choisi devient une carte mentale, proposant au spectateur d'imaginer une nouvelle histoire.

La fragilité revient dans certaines pièces : elle traduit une nouvelle façon de penser notre rapport au temps. Territoires du crayon joue d'une double relation, un espace vide physique et un écho à l'espace intime de la création. L’œuvre véhicule la quête constante du travail de l'artiste et de l'écrivain.

Marco Godinho joue sur le rapport du visible à l'invisible et met en lumière notre volonté de tout vouloir maitriser et connaitre. Il met en relation la temporalité d'un long processus de travail et la présence d'un manque. Dans une salle, il a disposé plusieurs œuvres où il a expérimenté le rapport de l'écriture avec leur support. Celle-ci condensent une expérience temporelle et invitent le spectateur à plonger dans un espace vide, un abîme où projeter un paysage physique ou mental.

Dans une petite salle, The Abyss of Chronos intrigue le spectateur : Une statuette d'un dieu Chronos en devenir, percé d'aiguilles de montres, posé sur un guéridon, donne le titre de l'exposition et ajoute une part de mystère. Marco Godinho se sert ici des objets trouvés pour en réactiver un sens.

L'exposition présente autant de questionnements pour le spectateur que les œuvres assument leur part de vide et d'infini. Géographiques, elles font à la fois référence à un lieu et créent un territoire immatériel. Le spectateur, dans son parcours, reste alors dans une tension entre lecture sensible de l’œuvre et concept à découvrir.

L'abîme de Chronos, exposition de Marco Godinho : l'arrêt du temps
L'abîme de Chronos, exposition de Marco Godinho : l'arrêt du temps
L'abîme de Chronos, exposition de Marco Godinho : l'arrêt du temps

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